Cette journée d'études s'inscrit dans les travaux d'un séminaire transversal et interdisciplinaire, réunissant les enseignants-chercheurs de trois laboratoires de l'Université de Nantes (L’AMo, CRINI, CRHIA) autour d'une thématique commune « Le Concert des Nations à l'époque moderne (XVle-XVIIIe siècles) ». Cette thématique se décline depuis 2016-2017 en manifestations distinctes (journée jeunes chercheurs, workshop international, journée d’étude), qui s’articulent autour de problématiques liées mais plus ciblées : ainsi le workshop international Penser le scandale dans l’Europe de la première modernité qui a eu lieu en juin 2018.

Le thème retenu pour juin 2019 sera : Mythes négatifs, anti-héros et contre-modèles du politique dans l’Europe de la première modernité.

Cette rencontre souhaite offrir l’occasion d’examiner le rôle et le statut des figures connexes des tyrans, monstres et tortionnaires, qu’ils soient mythologiques, bibliques ou historiques, pour comprendre comment les productions littéraires, les récits historiques, les théories philosophiques et les œuvres plastiques, souvent inspirés par l’Antiquité, les ont constitués comme repoussoirs des vertus propres aux « uiri illustres » auxquels l’époque moderne a consacré nombre de cycles plastiques et de recueils biographiques.

Contrepoints nécessaires aux mythes positifs ou objets de sombres fictions, ces personnalités hors normes rehaussent l’éclat des hommes (et des femmes) de bien par la démesure de leurs crimes, de leur folie ou de leur ridicule. Mais leurs légendes proposent aussi, en elles-mêmes, des pistes pour tenter d’analyser les contraintes d’un réel envahi par les désastres en tous genres auquel il faut donner du sens. On se demandera par exemple comment Phaéton, Gygès, Phalaris, Cambyse, Denys, Caligula, Néron, Attila ou Saladin, et bien d’autres encore, en incarnant les injustices d’une fortune arbitraire ou en endossant le statut d’émissaires des forces démoniaques, ont pu contribuer à la préparation d’un « concert des nations ». L’énergie que déploient l’opinion publique, les lettrés ou les souverains européens, en pleine réflexion sur les meilleures formes de gouvernement, pour reléguer aux marges ces héros ambigus, en dit assez long sur la fascination qu’ils exercent mais aussi sur le consensus qu’ils semblent rassembler contre eux.

Parallèlement on se demandera si, face au succès du mythe de l’âge d’or dans les cours européennes, l’évocation récurrente de mythes négatifs traitant des Enfers, du déluge, de l’apocalypse ou de l'« ekpyrosis » ne constitueraient pas également, dans l’imaginaire de la première modernité, autant de variations indispensables pour permettre aux pouvoirs politiques qui revendiquent la justice et la paix, de penser et contrer la présence du mal dans le monde.

Comité scientifique

  • Carboni Pierre, PR, U. Nantes, CRINI
  • Correard Nicolas, MCF, U. Nantes, L’AMo
  • Durin Karine, PR, U. Nantes, CRINI
  • Lignereux Yann, PR, U. Nantes, CRHIA
  • Rolet Anne, MCF HDR, U. Nantes, L’AMo/IUF
  • Roudaut Maïwenn, MCF, U. Nantes, CRINI
  • Rubellin Françoise, PR, U. Nantes, L’AMo
  • Spierling Karen, Associate Professor, Histoire, Denison University (Ohio, USA)
  • Vega Maria José, Universidad Autonoma de Barcelona (Barcelone, Espagne)