L’actualité internationale et nationale, sur les cinq années écoulées, a remis en avant l’attention du public sur le thème des violences.

C’est un sujet qui n’est pas nouveau. Toutefois, sous des formes anciennes ou renouvelées, les violences soulèvent de nouvelles problématiques de société, s’immisçant dans de très nombreux rapports sociaux. Le phénomène est mondial, avec une acuité variable selon les contextes géopolitiques, l’intensité des conflits en présence et l’évolution des cultures et des comportements. En France, la perception individuelle et collective de cette violence s’est nettement accrue dans certains domaines, tandis qu’elle demeure plus difficile à cerner dans d’autres, conduisant à en exacerber certaines dimensions dans le débat public, sans toutes les identifier et les reconnaître.

La scène médiatique leur donne un très fort écho dans la sphère publique avec des attentats conçus pour frapper les esprits, des affrontements violents lors de manifestations et de mouvements sociaux et de nombreux actes de criminalité, de délinquance ou d’incivilité présentés comme autant de signes de recrudescence de la violence urbaine et sociale. Cette scène médiatique met aussi en cause des personnages célèbres ou des figures d’autorité lorsque des abus sexuels sont commis et dénoncés, braquant alors les projecteurs sur la sphère privée de la violence, qu’elle s’exerce en dehors ou dans le cadre de la cellule familiale. Agressions et harcèlements pour motifs d’ordre sexuel, racial, religieux ou par volonté d’humiliation ou de vengeance se conjuguent ainsi dans les relations interpersonnelles dans un registre très large de violences physiques et psychologiques. La médiatisation porte aussi sur la violence au travail lorsque les suicides et burn-out se multiplient au sein d’une organisation professionnelle, conduisant à en dénoncer le système d’organisation. La souffrance au travail peut aussi être moins spectaculaire, tout en relevant également d’une forme de violence institutionnelle liée à la pression des résultats ou à la perte de sens ou de moyens d’actions. Des statistiques récentes, issues d’une étude menée par Malakoff Médéric, indiquent une progression entre 2010 et 2016 du nombre de jours d’absence pour maladie dans le secteur privé (33,2 jours en 2010, 35,8 en 2016). Par ailleurs, cette même année, 34,1% des salariés avaient été absents au moins une fois dans l’année pour maladie, avec des écarts importants selon les catégories socio-professionnelles (40,7% pour les ouvriers, 34,5% pour les employés, 27,8% pour les cadres). Bien entendu, de multiples facteurs expliquent cette évolution, qui va notamment de pair avec le vieillissement de la population, mais ces chiffres sont parfois présentés comme étant des marqueurs d’une progression de la violence en milieu professionnel.

Dans tous ces domaines, le sentiment d’une violence vécue ou possible est ainsi beaucoup plus présent qu’il y a quelques années dans les esprits, avec un phénomène parfois d’exacerbation de la réalité ou de son ampleur par un effet de loupe médiatique déformante.

Inversement, certains processus de violence sont moins identifiés par l’ensemble du corps social, mais seulement par certaines catégories de personnes, particulièrement sensibles à des violences de système, violences économiques et sociales ou violences organisationnelles, ou particulièrement visées par certaines violences. La violence d’Etat, considérée généralement comme légitime (justification d’un Etat gendarme) peut être vécue parfois comme disproportionnée ou abusive (dénonciation des violences policières), ce qui se trouve au centre de nombreuses incompréhensions. Les sentiments d’incompréhension mutuelle, d’indignation et d’injustice sont propices à l’alimentation des phénomènes d’expansion de la violence, renforçant l’impuissance réelle ou ressentie de ceux censés la prévenir et la réguler.

Les hommes politiques en responsabilité et de manière plus large les décideurs dans les organisations sont souvent démunis face à ces évolutions et sur les réponses à apporter. Pourquoi, quand et comment se manifestent-elles, dans quelles sphères, quelles en sont les causes et les conséquences ?


Types de contributions attendues

Si l’Université doit avoir un rôle à jouer face à ces évolutions, il doit être d’étudier, de faire témoigner, d’éclairer et de donner à comprendre, en ayant recours à des méthodes scientifiques pour donner des clefs de compréhension, faire comprendre les conséquences des décisions qui sont possibles.

Dans cet esprit d’objectivation, une approche interdisciplinaire, articulant des enjeux pratiques et théoriques, est nécessaire pour aborder le phénomène des violences dans ses différentes sphères.

Sans exclusive, il sera fait appel à des contributions tant dans les domaines de recherche en Sciences Humaines et Sociales que dans ceux de la Santé sur le thème proposé. Les contributions collectives de collègues de disciplines différentes seront particulièrement appréciées ; mais toute proposition apportant un éclairage sur les violences, dans au moins une des sphères mentionnées, sera aussi bienvenue.

Nous souhaitons encourager des contributions qui permettent de croiser les disciplines et d’enrichir les échanges entre les participants, eux-mêmes issus d’horizons différents. Il peut s’agir de témoignages abordant le thème sous l’angle des enjeux pratiques ou au contraire de communications scientifiques privilégiant des enjeux théoriques. Les contributions peuvent émaner d’historiens ayant travaillé sur la violence, de chercheurs ayant étudié comment elle se reflète dans la littérature, de géographes ayant des données sur sa répartition spatiale, de praticiens de santé réfléchissant aux relations avec les patients, de sociologues, d’économistes, de juristes, de politistes, de spécialistes de la gestion des conflits proposant des méthodes pour intervenir en amont avant que ne se produisent des violences …

Les enjeux liés à la violence dans les secteurs de la Santé (gestion thérapeutique des violences subies par les victimes de traumatisme ou d’agressions ; comportements violents des patients envers les praticiens ; violence du système de soin et des contraintes de moyens sur les praticiens hospitaliers ; etc.) et dans ceux de l’Enseignement supérieur à l’Université (violences subies lors des mouvements étudiants et sociaux sur les campus ; violences lors des manifestations étudiantes ; violence du système universitaire et des contraintes de moyens sur les universitaires ; etc.) constitueront des exemples de contributions possibles, sans exclusive d’autres idées.


Public

Ce colloque s’adresse à tous : membres de la communauté universitaires ou personnes extérieures à l’Université, intéressées par ce thème.

Programme prévisionnel du colloque

8h30 - 8h45 : Accueil

8h45 - 9h : Mot d’introduction

9h - 10h30 : Atelier 1

10h30 - 11h : Pause café

11h - 12h30 : Atelier 2

12h30 - 14h : Pause déjeuner

14h - 17h30 : Atelier 3, projection d’un film sur la thèse du colloque, suivi d’un débat

Comité scientifique

  • Nicolas ANTHEAUME, PR, LEMNA, Université de Nantes
  • Brigitte CHARLES-PAUVERS, MCF, LEMNA, Université de Nantes
  • Laure DESPRES, PR, LEMNA, Université de Nantes
  • Bernard GIUMELLI, PR, R.Mes, Université de Nantes
  • Sophie GARNIER, MCF, DCS, Université de Nantes
  • Véronique GUIENNE, PR, CENS, Université de Nantes
  • Antoinette HASTINGS, PR, DCS, Université de Nantes
  • Clémence LEDOUX, DCS, Université de Nantes
  • Marc JOYAU, PR, DCS, Université de Nantes
  • Laetitia PIHEL, MCF, LEMNA, Université de Nantes
  • Bruno TAVERNIER, PR, DDS, Université Paris Diderot
  • Paul VERON, MCF, DCS, Université de Nantes
  • François CHARLES-WOLFF, PR, LEMNA, Université de Nantes


Comité d'organisation

  • Gaëlle RODRIGUEZ, Responsable Administrative du LEMNA
  • Nicolas ANTHEAUME, Directeur de l’IAE Nantes, Préfigurateur du pôle Sociétés
  • Bernard GIUMELLI, Doyen de la Faculté de Chirurgie Dentaire
  • Véronique GUIENNE, Doyenne de l’UFR de Sociologie
  • Antoinette HASTINGS, Doyenne de la Faculté de Droit et Sciences Politiques
  • Marc JOYAU, Directeur de l’IPAG